Notre histoire

Une petite église avec une grande histoire...

MÉMOIRES DU PASSÉ


Lors de la dédicace, le 22 novembre 1986, du temple de MORVILLE restauré, le pasteur Marcel DEMAUDE a prononcé un discours remarquable dont voici de larges extraits. C'est le rappel de ce qui s'est passé, il y a un peu plus d'un siècle, à Morville, dans ce village du Namurois qui a la particularité d'avoir un temple protestant construit avant l'église catholique, un cimetière avec deux portes d'entrée, et dont les habitants portent le surnom de « faut bin (Il a bien fallu) » sous entendu se soumettre, retourner à la messe, si l'on voulait que ses enfants aient du pain. Et si nous sommes amenés à faire mémoire de passé, c'est pour rendre grâces à Dieu de ce qu'il a été fidèle en soutenant une minorité qui se voulait porteuse de valeurs essentielles pour le plus grand bien de l'Eglise Universelle: SOLA GRATIA - la grâce, seule source du salut réalisé par le Christ à la croix; SOLA FIDE - salut reçu par la foi seule comme un don gratuit de Dieu et dont les œuvres dé reconnaissance découlent; SOLA SCRIPTURA - salut attesté par la Bible seule, autorité suprême et dernière en matière de doctrine et de vie ...
Pour comprendre donc le pourquoi de l'action menée au siècle dernier dans notre pays par ce qui s'appelait alors l'Eglise Chrétienne Missionnaire Belge, il faut se souvenir que l'on était loin de vivre dans le contexte du Concile et du Renouveau ...
Au plan politique-même, le parti libéral de l'époque avait publié une carte du monde montrant que les pays où la Réforme avait triomphé étaient les plus riches et les plus prospères ...
En ce temps là aussi, on ne procédait pas à un remembrement des communes comme on l'a fait aujourd'hui, mais au contraire à leur multiplication, de sorte que Morville, jusqu'alors hameau d'Anthée, était devenu village à part entière et ses habitants n'entendaient plus aller à la messe à Anthée, mais avoir leur église propre. Devant le refus opposé par l'évêché, ils auraient reçu le conseil de s'adresser aux Protestants pour faire bouger les choses; et c'est ainsi que le 3 juin 1877, le pasteur Léonard Anet, alors secrétaire général de l'Eglise Chrétienne Missionnaire Belge arrivait à Morville à l'invitation des autorités communale

UN TEMPLE-CASERNE ET UN TEMPLE-ÉCURIE


En consultant les archives, on a la surprise de lire que le temple de Morville a servi pendant plus d'une année de caserne et que les Allemands n'en laissèrent que les murs et le toit, tandis que le temple de Gochenée avait été transformé en écurie et abandonné en fort piteux état.
En 1920, c'est le pasteur Emile Royois qui fut installé à Namur, chargé de s'occuper de Gembloux, Auvelais et Morville-Gochenée, mais on lui adjoignait un évangéliste en la personne d'Renri Boutet pour s'occuper plus particulièrement de ces deux dernières communautés.
Un autre agent-évangéliste allait lui succéder en 1926. Désiré Pirotte et ce jusqu'à l'âge pour lui de la retraite. En 1932, les paroisses de Morville et de Gochenée sont confiées à René Gilbert qui, en 1938, allait devoir en plus s'occuper de la paroisse. de Laneffe où il allait résider. C'était un homme d'un dévouement extrême, père de famille nombreuse et qui n'avait qu'un vélo pour assurer la desserte de ce secteur si montueux. Il mourut d'une crise cardiaque en 1942. C'est Raoul Denis qui reprit sa charge en 1943.

LE TOIT EMPORTÉ PAR LA TEMPÊTE


Mais c'est maintenant de l'histoire contemporaine que vous connaissez aussi bien que moi la construction du presbytère ... la cérémonie de consécration au ministère pastoral du 13 novembre 1983 ... et puis la décision de répondre à l'appel de la paroisse de Jemappes, à la fin 84 avec, la nuit même du déménagement, cette terrible tempête qui décoiffait le temple ... Mais le Seigneur de l'Eglise continuait à veiller sur la maison sur la colline, et il n'allait pas laisser le dernier mot aux forces de destruction, mais susciter un nouvel élan, comme dans la chanson célèbre du vieux chalet que la neige et les rochers s'étaient unis pour arracher et qui se termine par ce couplet: « Là-haut sur la montagne est un nouveau chalet - car Jean, le cœur vaillant - l'a reconstruit plus beau qu'avant ¬là-haut, sur la montagne, est un nouveau chalet ». C'est une longue histoire que je vous ai racontée, et bien des leçons mériteraient d'en être tirées. On reste confondu devant la somme de courage, de dévouement, le nombre de kilomètres parcourus sur les routes par tous les temps ... tout cela sans proportion avec les résultats visibles, les succès évidents … LA GRÂCE DE DIEU : UN TRÉSOR À PARTAGER C'est vrai. Mais cela doit être mesuré avec une autre aune, une aune qui est de l'ordre du signe, qui est de l'ordre de l'esprit, de J'ordre de l'éternité … J'en citerai un seul exemple : il y a, dans le cimetière de Morville, une tombe ; celle d'un petit garçon qui s'appelait Marc et qui, brûlé vif, est décédé sur les genoux de sa mère à l'âge de deux ans. Et sur cette tombe, un texte biblique est gravé, tiré du livre de Job et déposé là par cette mère, elle-même, après deux ans de combat : « L'Eternel a donné, l'Eternel a ôté, que le nom de l'Eternel soit béni ». N'y a-t-il pas là de quoi, d'un seul coup, faire pencher le plateau de la balance ? Frères et sœurs, chers amis, ce n'est donc pas comme un signe de défi que doit être perçue cette maison sur la colline de Morville, mais comme un lieu qui parie de la grâce et de l'amour de Dieu, une grâce et un amour si forts qu'ils ont amené des hommes et des femmes à le préférer à l'amitié de leurs voisins et de leurs proches dans l'espérance de les amener un jour à le partager ...

L’IMPLANTATION DU PROTESTANTISME À MORVILLE


Le petit village de Morville doit son nom à un nommé Maurius qui, à l'époque romaine, y possédait une villa. Celle-ci constituait en fait un siège sidérurgique important qui fut retrouvé dans le Bois des Dames, vaste domaine forestier s'étendant entre Morville et Soulme.
L'entreprise qui participait à l'important centre sidérurgique englobant, outre Morville, Flavion et Anthée, comprenait treize ateliers métallurgiques autour desquels devaient s'élever de nombreuses huttes, sur une étendue de 800 m de long et 200 m de large. Parmi les bâtiments, on trouve une halle de 28 m sur 25 m, un vaste atelier ou entrepôt. Au centre du site, se trouvent les creusets de six bas-fourneaux. L'ouverture d'un creuset, constitué de terre cuite mélangée de scories, était ceinte d'un muret long de 145 cm et large de 70 cm. Outre cette exploitation du fer, on a découvert à Morville un marcher et le cimetière de ce qui avait été un véritable village de métallurgistes. Cette activité se poursuivit bien au-delà ec la période romaine car, on y exploita encore une forge avec marteau affinoir du XVe au XVIIe siècle.
Mais ce qui précède intéresse surtout les archéologues. Il est un au 1re événement plus récent qui bouleversa la vie des habitants, en majorité traditionnellement catholiques, c'est l'arrivée du protestantisme.




UN TOURNANT DECISIF


Morville, hameau de la commune d'Anthée, ne possédait pas d'église pour la célébration du culte catholique. la population était tenue d'effectuer ving-cinq minutes de marche afm d'assister à la messe dans l'église d'Anthée, leur demande insistante pour la construction d'une église à Morville étant depuis toujours restée lettre morte. Finalement lassés et se sentant délaissés, quelques habitants s'adressèrent à l'Eglise Chrétienne Missionnaire belge, association chargée d'édifier de nouvelles communautés protestantes un peu partout en Belgique, et comme suite à sa réponse favorable, des cérémonies de culte protestant furent organisées régulièrement à Morville dès le 3 juin 1877, et ce à raison de deux services par dimanche. M. Demmer, instituteur à Mont-sur-Marchienne, et M. Bouton, agent de l'Eglise Chrétienne Missionnaire, prirent alternativement la présidence de ces cultes, officiant dans une maison privée ou en plein air, selon le cas.
Ces réunions protestantes provoquèrent l'intérêt de la population. Au printemps de l'année 1878, plus de trente pères de famille de Morville demandèrent par écrit que l'Evangile fut prêché régulièrement dans leur localité, entraînant par la suite la décision d'y ériger un temple.




PREMIERS CULTES À MORVILLE


Nous lisons dans une chronique de l’époque : «Alors qu'il venait de se mettre à table chez le premier échevin de la localité, un gendarme fit irruption, l'arrêta et le conduisit à Anthée. Après trois heures de détention, il fut relâché et put encore prêcher le soir même.
L'affaire fit l'objet d'une intervention de Frère-Orban à la Chambre des Représentants. » Nous lisons encore : «Dès le dimanche suivant, des cultes furent présidés à Morville par les lecteurs de la Bible Paul Bouton et Olysse Haye, ainsi que l'instituteur¬évangéliste de Mont-sur-Marchienne : « J.E. Demmer ». Toutefois, les autorités catholiques, émues par cette nouvelle situation, firent des promesses aux habitants du village et les cultes furent interrompus. Cependant, ne voyant aucune réalisation, 30 pères de famille demandèrent au printemps 1878 de nouveau l'aide des Protestants. Cette fois, le Comité n'hésita plus à reprendre l'œuvre, car pendant cette suspension, de nombreux villageois avaient continué à se réunir dans une petite pièce sous la direction d'une femme qui leur lisait la Bible. Grâce à la générosité d'un membre du Comité, une petite chapelle pouvant contenir une centaine de personnes fut construite, car en outre, des habitants de Doische, Gochenée, Flavion et Rosée fréquentaient les réunions. » Il s'agit donc de ce temple même qui fut inauguré le 30 novembre 1879, il Y a pratiquement 131 ans aujourd'hui.
Mais il s'agissait maintenant d'assurer la desserte de ce poste avancé, et lorsque l'on consulte les archives, on s'aperçoit que c'est au départ de Namur que les choses allaient très souvent être organisées. En 1890, la direction de l'Eglise Chrétienne Missionnaire Belge installait un jeune pasteur suisse, Aimé Junot, qui aurait la charge de la province de Namur et serait secondé par un colporteur biblique en la personne de Victor Balty qui allait commencer des réunions à Gochenée.
Au pasteur Junot succéda le pasteur Paul Sublet en 1897, et en 1903 Je pasteur Daniel Lemaire, grand-père du desservant actuel, était installé dans sa charge qu'il occupa jusqu'à la veille de la première guerre mondiale. Un fait intéressant à noter est la création d'une institution de diaconesses protestantes depuis quelques années en Belgique dont la maison-mère était à Strasbourg.
Deux jeunes filles revinrent au pays après leur stage de formation : sœur Marguerite Durand et sœur Gabrielle Revelard. Cette dernière ouvrit une maison à Namur en 1913 dont l'influence bienfaisante allait se faire sentir tout particulièrement pendant les années sombres de la guerre.




APRÈS LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE


En 1945, les paroisses de Morville et de Gochenée sont confiées à Paul Piérard qui avait été aumônier militaire volontaire pendant toute la guerre au Stalag lA et qui allait résider à Morville jusqu'en 1955. L'année de son départ, il avait réussi à ouvrir un nouveau lieu de culte à Dinant ; et c'est à Farciennes qu'il alla poursuivre son ministère. Le pasteur Samuel Roulin arrivant tout droit de Suisse le remplaça, mais comme la paroisse de Namur était vacante, il dut s'en occuper également, en même temps que de l'aumônerie de la prison et de cours de religion ... Situation intenable dont je suis venu le délivrer en été 1957, en m'installant à Dinant tandis que lui-même était nommé à Namur en octobre de cette même année. Pendant 7 années, j'ai rayonné dans le secteur, assurant 3 cultes tous les dimanches : Gochenée: 9hOO - Dinant: 10h30 - et Morville: 15h00 - avec charge de professeur de religion dans les écoles dinantaises. Permettez-moi de dire que ce furent de belles années dans mon existence et que c'est en tremblant et le cœur gros que je répondis à l'appel du Seigneur en allant prendre en charge la paroisse de Charleroi, boulevard Audent. La relève fut assurée de suite par le pasteur Marcel Vandenbrouck qui fut installé ici le 13 décembre 1964 et qui se mit à l'œuvre avec la même vision évangélisatrice et la même détermination que ses prédécesseurs ... En 1972, le pasteur Vandenbrouck répondait à l'appel de la paroisse de Jumet et du coup le secteur de Morville-Gochenée-Dinant repassait sous la dépendance de l'Eglise de Namur dont le pasteur Emile Jéquier assumait la desserte de l'ensemble. À ce moment, la maison qui abritait le lieu de culte à Dinant fut vendue et le pasteur Jéquier obtint de l'évêché et de la municipalité dinantaise la jouissance de l'église désaffectée Saint-Nicolas où le premier culte fut célébré le 31 mai 1973. Lorsque le pasteur Jéquier, atteint par la limite d'âge, fit ses adieux en 1975, le secteur de Morville-Gochenée-Dinant traversa une période difficile avec l'aide des pasteurs Raoul Denis, de Seilles et Laslo Kupa, de Gembloux-Namur. Heureusement, en 1978, le pasteur Claude Hontoir arrivait à Morville où il décidait de fixer son domicile, tandis que le pasteur Michel Lemaire, lui, était installé à Namur.